Jeunesse et éducation populaire : des racines et des ailes en Drôme et au-delà

5 janvier 2026

À la rencontre des vignes et des paysages de la Drôme

Sentiers communs : l’éducation populaire, un mouvement vivant porté par les jeunes

Dans les villages de la Drôme comme dans les quartiers des grandes villes, l’éducation populaire traverse les époques, sans jamais vraiment s’arrêter ni se figer. L’image d’école buissonnière, de veillée partagée autour d’un feu ou d’un atelier improvisé dans une salle des fêtes flotte encore, mais l’éducation populaire d’aujourd’hui bruisse surtout des voix de la jeunesse.

En 2023, selon une enquête de l’INJEP (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire), près de 62 % des jeunes de 16 à 25 ans affirment avoir participé, au moins ponctuellement, à une action collective ou associative relevant de l’éducation populaire (INJEP, 2023). Cette implication ne se limite pas à la fréquentation d’ateliers ou de camps : de plus en plus, les jeunes prennent la main, créent, animent, questionnent.

Chantiers jeunes, MJC et tiers-lieux : des terrains d’actions à (s’)investir

La Drôme n’offre pas que des paysages à contempler : elle propose des lieux de rencontre et d’expérimentation où la jeunesse façonne de nouveaux modèles d’éducation populaire. Qu’elles soient rurales ou à la croisée des mondes urbains et de la campagne, ces initiatives se ramifient.

MJC et foyers ruraux : piliers traditionnels revisités

  • Les Maisons des Jeunes et de la Culture (MJC), présentes à Crest, Romans ou Valence, sont aujourd’hui animées par des équipes rajeunies. Depuis 2018, près de un quart des conseils d’administration des MJC françaises sont composés de membres de moins de 26 ans (MJC France).
  • Les foyers ruraux s’appuient sur des jeunes qui n’hésitent plus à proposer des ateliers : écoconstruction, jardin partagé, cinés-débats sur la transition agricole… Chaque année, les réseaux ruraux de la Drôme recensent au moins 110 projets portés par des jeunes de moins de 30 ans (source : Fédération Départementale des Foyers Ruraux de la Drôme).

Tiers-lieux : des laboratoires à taille humaine

Au pied du Vercors, à Die ou dans les villages perchés, les tiers-lieux fleurissent et se transforment en véritables chantiers collectifs. L’Arche des Métiers à Die ou le FabLab de Romans voient passer de nombreux jeunes, qui ne se contentent pas d’être simples usagers : ils prennent en main l’animation, l’organisation d’événements culturels, l’accueil d’artistes ou de réfugiés.

Dans la Drôme, plus de 35 % des bénévoles actifs dans les tiers-lieux ont moins de 30 ans – un chiffre qui dépasse largement la moyenne nationale observée à 24 % (source : France Tiers-Lieux, rapport 2023). Ici, l’éducation passe tout autant par le faire que par l’écoute et la transmission.

Agir, transmettre, inventer : comment les jeunes redessinent l’éducation populaire

Si l’éducation populaire a longtemps été incarnée par la figure de “l’animateur”, c’est aujourd’hui la notion de “facilitateur”, de “passeur”, qui émerge — des rôles investis différemment par la jeunesse. Ce n’est plus seulement un passage de témoin, c’est une hybridation permanente.

Des ateliers auto-gérés à la gouvernance partagée

  • Gouvernance : La prise de responsabilités par les jeunes s’incarne dans la gestion collective de projets. Par exemple, le collectif “Jeunes Pousses” à Crest coordonne depuis 2021 un jardin partagé où le financement, la programmation d’ateliers et la communication sont entièrement assurés par des jeunes de 18 à 28 ans.
  • Auto-formation : Beaucoup d’initiatives misent sur le « pair-à-pair » : on organise des sessions d’autoformation vidéo, de podcast ou d’animation de débats, sans expert mais avec la force du collectif. La Drôme a accueilli en 2023 plus de 70 ateliers autogérés portés par des groupes de jeunes (CDOS 26).
  • Valorisation des savoirs locaux : Certains choisissent de remettre à l’honneur les savoirs traditionnels, mais avec des méthodes “numériques” : cartographie participative des sources, archives vivantes sur Instagram, podcasts autour des métiers ruraux.

Nouveaux formats, nouvelles voix

L’éducation populaire s’ouvre aussi, grâce aux jeunes, à des formats inattendus :

  • Podcast comme “Radio vallée”, animé par des jeunes passionnés de radio, réunissant jusqu’à 300 auditeurs par semaine autour de thématiques sociales et culturelles drômoises.
  • Escape games pédagogiques sur la gestion de l’eau ou la mémoire ouvrière, imaginés et animés collectivement.
  • Vidéos sur TikTok ou Instagram pour documenter les marchés paysans, la récolte de plantes sauvages ou l’architecture vernaculaire.

La place des jeunes dans la prise de parole : entre marges et plein centre

Le renouvellement des instances décisionnelles

Si autrefois la voix des jeunes pouvait sembler sage et peu audible, aujourd’hui certaines instances font de la jeunesse un vrai moteur de changement. Ainsi, au sein des conseils d’administration de plusieurs associations d’éducation populaire en Auvergne-Rhône-Alpes, la part de moins de 30 ans est passée de 13 % en 2015 à 27 % en 2022 (source : Ligue de l’enseignement AuRA).

Le lycée agricole du Valentin, près de Bourg-lès-Valence, a, par exemple, créé un “Parlement des jeunes” ouvert à tous les élèves, donnant la main sur l’organisation des temps forts et la programmation culturelle. Ce modèle inspire d’autres établissements, publics ou associatifs.

Des espaces pour s’exprimer

  • Création de conseils de jeunes dans les MJC, donnant un droit de veto sur la programmation annuelle.
  • Participation active à des événements inter-associations : à Montélimar, en 2022, près de 250 jeunes de 16 à 25 ans ont co-organisé un forum local “Agir ensemble”, réunissant plus de 1 200 participants (source : La Gazette de la Drôme).
  • Organisation de forums ouverts où les thématiques sont proposées puis votées en direct par les participants, toutes générations confondues.

Sur le terrain, cela signifie aussi une plus grande légitimité à la prise de parole dans les médias locaux, ainsi qu’un plus fort engagement dans la défense de causes, de l’écologie à la solidarité. La création en Drôme de médias citoyens comme “Jeunesse & Territoires” en est un révélateur : des jeunes y racontent leur territoire autrement, en vidéo, en récits ou en photos.

Des défis à relever : diversité, accès et pérennité

Cependant, la route n’est pas plane. Des obstacles demeurent, parfois bien ancrés dans le sol drômois ou ailleurs :

  • Accès inégal : Dans les territoires ruraux, la mobilité reste un frein majeur. 47 % des jeunes de la Drôme signalent des difficultés à accéder régulièrement aux initiatives d’éducation populaire faute de transports ou de structures de proximité (source : INSEE Rhône-Alpes, 2023).
  • Diversité sociale : Bien que les jeunes issus de milieux modestes soient très présents, certains publics restent à l’écart, en particulier les jeunes en rupture scolaire ou ceux vivant dans des zones très isolées.
  • Reconnaissance : Les projets portés par la jeunesse peinent parfois à trouver des financements pérennes : seulement 21 % des dossiers animés par des jeunes de moins de 25 ans déposés auprès de la Région Rhône-Alpes sont retenus, contre 34 % pour les structures pilotées par des adultes (source : DRAJES Auvergne-Rhône-Alpes, 2022).

Prendre racine et s’élancer : les jeunes, artisans de l’éducation populaire de demain

On le sent sur les chemins bordés de genêts, entre les murs des MJC ou dans le brouhaha d’un tiers-lieu : l’éducation populaire s’écrit désormais à plusieurs mains, et la jeunesse y imprime sa cadence, son style, ses urgences. Observer la Drôme à hauteur de jeune, c’est comprendre que les pratiques collectives ne sont plus seulement héritées, mais continuellement réinventées.

La mixité intergénérationnelle, la créativité, la capacité à expérimenter sans relâche, les réseaux numériques qui abolissent les frontières du village et du monde : autant d’atouts qui permettront à l’éducation populaire de demain de rester ce qu’elle fut toujours, mais différemment. Un espace possible, où chaque saison peut être l’occasion d’un nouveau départ.